Publié le 12 août 2020 DORDOGNE Comment le président du Conseil départemental VEUT PLIER L'ÉCOLOGIE À SON BON VOULOIR.

Le titre du N° spécial de « Vivre en Périgord » (Août 2020), magazine départemental distribué dans toutes les boites aux lettres de la Dordogne, est on ne peut plus clair :

 

Le ton est donné : cette déviation routière de 3,2 km de bitume et deux ponts ultramodernes sur la Dordogne serait donc, selon M. Peiro, l’arme absolue pour définitivement protéger le site de Beynac ! Les classements existants peuvent aller se rhabiller…

 

D’ailleurs, le chantier (stoppé par la Justice) a bien montré qu’il n’en avait cure, en perforant un site Natura 2000 et la zone centrale d’une réserve de biosphère. Que valaient les espèces protégées, libellules, oiseaux, chauves-souris, loutre, poissons… et les 15 ou 20 ha de terres fertiles agricoles qui auraient été stérilisés sous le bitume de la route, face à l’intérêt supérieur d’une déviation dont la justification principale était de supprimer quelques ralentissements au pic de l’été à Beynac (il y en a partout en Dordogne), des ralentissements qui de toute façon se seraient reportés à l’entrée de Sarlat.

 

Que valaient les quelques arbres centenaires de la ripisylve (déboisée en deux endroits pour le passage des ponts), face aux 27000 végétaux de jardinerie qui auraient été plantés (à grand renfort d’engrais et d’arrosage estivaux) le long de cette déviation ?

 

Risques d’éboulement des falaises ?

 

Déviation ou pas déviation, le département n’a pas le choix : il doit les sécuriser tous les dix ans au-dessus de la RD703.

 

 

Sécurité dans la traverse de Beynac ?

 

Avec une vitesse limitée à 30km/h, et un resserrement (devant le restaurant Maleville) comme précaution supplémentaire, il y a pire comme point noir accidentogène ! A ce jour, aucun accident ne s’est jamais produit à Beynac, ce qui n’empêche pas G. Peiro de traiter les opposants (à la déviation) de « criminels en puissance » !

 

 

Pollutions de toutes natures ?

 

A 30km/h, les émissions sonores et les émissions de gaz sont réduites. Rappelons qu’il n’y a de ralentissements qu’aux pics de l’été, le reste du temps, plusieurs constats d’huissier ont montré la fluidité du trafic dans le village. Par contre, la mise en service de la déviation (80 km/h) aurait crée des nuisances sonores autrement plus graves à cause de la répercussion des bruits sur les falaises.

 

Notons qu’à courte échéance (10 ans ?) l’essentiel du trafic routier sera électrique ou à l’hydrogène. Dès lors, était-il raisonnable d’envisager un tel investissement routier pour si peu de temps.

 

 

 

 

Démolition du chantier à rebours de la relance économique ?

 

Si cette déviation avait été utile au développement touristique de la région, pourquoi les principaux acteurs économiques (inféodés au tourisme), dont les propriétaires des châteaux de Beynac, Marqueyssac, Castelnaud, s’y seraient-ils opposés ? La réponse est simple : ils ont considéré que la balafre opérée par la route aurait banalisé un paysage emblématique, véritable poule aux œufs d’or (Triangle d’or) du Périgord noir.

 

L’état d’avancement des travaux est estimé à 35-40% (d’après des experts indépendants) et non pas 60%, un chiffre qui arrange bien M. Peiro. Le tableau suivant (repris du site DIGD) en donne les détails

 

 Compte tenu des visites « extérieures » sur site et surtout de l’analyse des vues aériennes prises en Haute Définition, en hélicoptère et drone, il faut retenir un chiffre d'au moins 35% (fourchette de 33/ 38%) , en tout cas inférieur à 40% :

 

- Avancement global du chantier :                                                                                 40%

 

dont :

 

- 1/3 des piles entièrement terminées (càd avec fûts et branches) :                                 33%

 

- 3/5 des fondations de l'ensemble des piles terminées (pieux + semelles) :                    60%

 

- tablier livré mais non assemblé, ni monté et tous les accessoires (rambardes, écoulement des eaux, revêtements à mettre en place)                                                                         50%

 

- pratiquement 75 % des fondations des culées réalisées (manque les couronnements et têtes de culées (33%) : environ. 2/3 réalisés :                                                                    66%

 

- 20 % du cadre du passage inférieur (radier du pont rail) :                                                20%

 

- Terrassements juste démarrés : rampes partielles d'accès aux ponts (10/15%)-             15%

 

- Les 3,2 km de route et leurs raccordement a la RD 703 sont à réaliser :       (de 0 à moins de 5%)

 

 Raccordement des voies sur La Treille (à reprendre) :                                                       5%

 

Voir le chiffrage complet ICI

 

Il y avait bien d’autres priorités que cette infrastructure inutile, destructrice et coûteuse pour une relance économique, notamment un projet d’éco-aménagement de la vallée, que les opposants ont sans cesse proposé comme alternative depuis 2017, mais que M. Peiro n’a jamais voulu écouter. Un éco-aménagement en droite ligne avec la transition écologique et qui, contrairement aux investissements routiers sur-dimensionnés, ne sont pas à fonds perdus (sauf pour les grands groupes de BTP attributaires du marché).

 

Démolir, c’est porter atteinte à l’environnement ? (J. Auzou)

 

FAUX ! Un peu de bon sens : il sera bien moins dommageable à l’environnement de la rivière

p

de détruire les 5 piles de pont en place que d’en construire 8 autres ! On sait qu’à chaque pile correspondent des laitances de béton qui s’échappent dans le lit de la rivière sans qu’on en connaisse les impacts sur la flore et la faune aquatiques, notamment sur les poissons sédentaires et migrateurs.

.

Démolir, c’est tirer un trait sur les 3,2 km de route qui auraient défiguré la vallée devant Beynac et souillé 15 à 20ha de belles terres du lit majeur de la Dordogne.

 

Démolir, c’est s’éviter de connaître un trafic de véhicules « hachant » jour et nuit une ripisylve riche en espèces protégées.

 

Démolir, c’est permettre de replanter pour réaliser la soudure progressive du ‘corridor écologique’ déboisé en deux endroits (culées des ponts).

 

Démolir, c’est permettre un autre type d’aménagement de la vallée basé sur des mobilités douces et une réduction significative du trafic auto en été.

 

Démolir, c’est faire économiser 34 M€ par rapport à la poursuite du projet : 33 M € contre 67 ! Etant entendu que l’état d’avancement du chantier n’est que de 35-40 % (estimation d’ experts indépendants).

 

Démolir c’est ne pas respecter la volonté des élus du territoire ? (encore J. Auzou)

 

Réponse : lorsque la volonté des élus d’un territoire se dissout dans celle d’un seul homme, elle perd sa consistance !

 

Mépris du monde rural ?

 

En sauvant de l’artificialisation, 15 à 20 ha de terres agricoles du lit majeur de la rivière, le monde rural peut se féliciter de l’arrêt des travaux. Il est seulement regrettable que le département ait pu faire déverser en toute hâte (entre Noël 2018 et le jour de l’An) 900 m3 de béton, la veille de la décision du Conseil d’Etat qu’il savait ne pas lui être favorable. Une « souillure » environnementale et un coût de démolition supplémentaire inadmissibles. Mais est-ce étonnant de la part d’un élu qui proclame (en réaction à la décision du Conseil Etat)

 :

« Il y a quelques jours ou quelques semaines, jamais on aurait pu penser que la protection des habitats des espèces protégées, à savoir les brochets, les libellules, les oiseaux et les chauves-souris passait avant l'intérêt des humains. On est en train de dire aux Périgourdins : vous n'avez pas besoin de routes. Mais par contre il faut protéger les habitats des libellules et des chauves-souris. »

 

Paroles ô combien archaïques, dans la bouche de quelqu’un qui, à son poste, ignore des vérités essentielles (ce qui est grave), ou bien les piétine en connaissance de cause (ce qui est encore plus grave) ! Ces espèces ne passent pas avant l’intérêt des humains, elles existent dans l’intérêt des humains. L’intérêt des humains c’est celui de la Terre.

 

Les Périgourdins, n’ont nullement besoin de routes inutiles et coûteuses, encore moins de routes abîmant leur environnement et leurs paysages, ressources précieuses pour leur culture, leur bien-être et leur activité économique, et qu’ils veulent transmettre intactes à leurs enfants.

 

Un projet écologique exemplaire ?

 

« La réalisation du projet de déviation permettrait d’améliorer la biodiversité par rapport à la situation antérieure au lancement du chantier ! » (sic).

 

Ce passage du magazine est un summum de mauvaise foi et de falsification. Avant le chantier, l’intégrité du site était intacte. Non seulement le patrimoine naturel (avec ses deux principaux écosystèmes : la rivière et sa ripisylve), mais aussi le patrimoine culturel, en particulier les vestiges archéologiques de La Treille. Excavé par l’INRAP, car situé sur l’itinéraire de la déviation, ils ont été étudiés puis entièrement rasés, notamment le bassin gallo-romain intact d’un antique établissement agricole.

 

 

 

 

 

 

Un secteur important pour les circaètes (oublié dans l’étude d’impact) a été saccagé par les travaux de remblaiement de la route, les abris à chiroptères ont été rasés, les clôtures du chantier ont perturbé les mouvements de la faune ordinaire entre la forêt de Fayrac et la rivière.

 

 

La ripisylve du site Natura 2000 (aulne, peuplier noir, frêne, saule blanc…) a été déboisée en deux endroits pour faire la place aux culées des ponts.

 

 

Enfin, ce projet a complètement fait l’impasse sur les poissons migrateurs, oubliant l’impact de la construction des piles de pont (pollutions des laitances de béton) sur les passages en montée et en descente de ces espèces, toutes protégées.

 

 

Mais le président de la Fédération des pêcheurs de Dordogne (qui reçoit de grasses subventions du département) a lui un avis très différent (et fort original d’ailleurs : voir ci-dessus), estimant que les piles de ponts sont favorables aux poissons ! (sic)

.

 

Les dégâts archéologiques et certains dégâts écologiques sont irréversibles. Les compensations prévues sont dérisoires. Nul besoin de compenser quand on peut éviter de détruire !

 

 

 

Véloroute, Voie verte.

 

L’enterrement du projet de déviation par la justice n’empêche aucunement de réaliser une voie douce dans la vallée, par exemple le long de la voie ferrée actuelle. Une convention pourrait être signée entre le département et la SNCF pour accrocher des passerelles aux ponts ferroviaires du 19° siècle (exemple d’Albi). Nul besoin de ponts ultramodernes à 18 M € pièce et d’une route à 10 M €/km pour la réaliser.

 

D’ailleurs, on voyait mal les cyclistes longer une route bruyante et polluée, même avec ses plantations de 27000 arbres ! Mieux valait passer par Beynac

 

 

Rapport de N. Forray

 

La conclusion de ce rapport conseille le département à plus de sagesse et de réflexion

 

« La mission estime que la «déviation piétonne» réalisée à Beynac mérite de requestionner le projet de déviation routière, mais en l’examinant dans une approche globale : des améliorations fonctionnelles et structurelles complémentaires à l’échelle du territoire paraissent possibles, pour un coût limité au regard de celui de la déviation projetée pour atteindre l’objectif de tous : donner un nouvel élan au tourisme dans ce secteur de la Dordogne, y favoriser l’implantation, le développement et le confortement de petites entreprises agroalimentaires, artisanales, d’hébergement et artistiques tout en assurant les objectifs de sécurité, de fluidité attendus, sans les bouchons tant dénoncés.

La mission suggère que l’assemblée départementale se donne le temps d’observer pendant l’été 2018 l’effet des mesures fonctionnelles à mettre en œuvre par la commune et les autres gestionnaires de voirie, procède à un comptage des trafics dans un cadre partagé et examine avec les collectivités les mesures structurelles envisageables et leur coût avant de lancer les travaux de la déviation ».

 

L’arrêt du chantier : une atteinte à l’environnement ?

 

Curieuse conception de l’écologie qui consiste à faire dépendre la protection de l’environnement de la construction de nouvelles routes ! Une route qui au demeurant violait l’intégrité du site Natura 2000 et de la zone centrale de la réserve de biosphère (dont signalons au passage que M. Peiro détient la casquette de président de l’établissement public qui la gère : EPIDOR).

 

Qui marche sur la tête ?

 

Signalons au contraire que l’arrêt du chantier a permis de sauver in extremis tout un pan de l’écologie de la vallée :

 

1. en évitant de nouvelles souillures de terres agricoles, dont notre pays perd plus de 60000 ha par an.

 

2. en évitant les impacts négatifs multiples qu’aurait créés la mise en circulation de la route, suite à la coupure d’un « corridor écologique » (ripisylve) riche en espèces protégées (écrasements et collisions d’animaux).

 

3. en évitant la construction de huit nouvelles piles de ponts dans un paysage protégé, dont les inévitables pollutions (on l’a vu lors de la construction des cinq premières) auraient généré des nuisances additionnelles aux écosystèmes aquatiques. La Dordogne reste l’un des derniers fleuves européens fréquenté par les poissons migrateurs (huit espèces protégées, dont six passent au niveau de Beynac) . Ce fut d’ailleurs la raison majeure de son classement en Natura 2000. Malheureusement, l’impact des constructions de béton dans le lit de la rivière sur ces populations de migrateurs a été occulté dans l’étude environnementale du projet. Bien qu’obligatoire (Code de l’Environnement), aucune demande d’autorisation préalable n’a été faite auprès de l’Union Européenne. Il y avait là un motif de fond pour retoquer l’Autorisation environnementale demandée par le département.

 

La balafre réalisée par le chantier dans son avancement actuel est en grande partie réparable, d’où l’injonction faite au département de remettre le site en état. Car c’est bien là la stratégie vrillée du président du Conseil départemental, une stratégie qui vaut son pesant d’antiécologisme primaire : laisser pourrir la situation au détriment de la qualité du paysage et du site, pour pouvoir clamer haut et fort que seule la poursuite du chantier permettrait de l’améliorer !

 

Gaspillage d’argent public ?

 

Se privant d’une analyse critique et objective de la situation, nombre de personnes croient encore que c’est un gaspillage d’avoir stoppé des travaux déjà engagés. Position que galvanise M. Peiro en avançant des chiffres mensongers : rappelons-le, ce n’est pas 60% mais 35 à 40% du chantier qui est réalisé (voir précédemment) et le coût de la remise en état ne serait pas dans la fourchette 11-14 millions d’euros, mais plutôt dans la fourchette 5,5 à 6,5.

 

M. Peiro en appelle au président de la république, premier garant du bon fonctionnement des institutions

 

M. Peiro ignore-t-il que pouvoirs exécutif et législatif sont séparés dans notre pays ?

 

Manifestation de septembre prochain.

 

Au lieu d’engager son département sur la voie de la transition écologique, le président agit en irresponsable totalement à rebours de l’histoire. Frappé d’écolotropisme négatif, Il aiguillonne la population à plébisciter un projet routier dépassé, dont la mise en service créerait un appel d’air pour des véhicules supplémentaires dans un territoire déjà congestionné en été.

 

Les alternatives à la déviation

 

A part le réaménagement de la voie des coteaux (RD25), aucune autre alternative n’a été étudiée par le département. Pourtant, la vallée entre St Cyprien et Sarlat aurait tiré bénéfice d’un projet d’éco-aménagement comprenant notamment le délestage estival des véhicules grâce à la construction de bio-parkings, l’optimisation de la voie ferrée existante, le développement d’un réseau de navettes électriques et de pistes cyclables.

 

Il n’y avait nul besoin d’une voie routière avec deux grands ponts de 16m de large chacun pour créer une simple voie douce (véloroute) le long de l’actuelle ligne ferroviaire. L’exemple d’Albi montre que des passerelles pour vélos et piétons pourraient être accrochés aux ponts SNCF existants (convention entre la ville et la SNCF).

 

Voie de la vallée de la Dordogne

 

Vu sous le seul angle de la fluidité de la circulation routière, il existait bien d’autres priorités à traiter avant Beynac sur l’axe Libourne-Bergerac-Souillac : Creysse, Lalinde, etc… en zone non protégée.

 

Tant d’acharnement à défendre un projet périmé dans sa conception et dans sa finalité interroge !

 

 

Bernard Bousquet, écologue forestier, membre du C.A. de D.I.G.D

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